ÉQUIPEMENT
Le kayak

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Les pagaies de kayak de mer
Par: Serge Théoret
2003

Le choix d’une pagaie est capital et ne devrait jamais être négligé. Ce choix est aussi important que le choix du kayak. J’irais presque à dire qu’il est plus important. On peut regretter que notre kayak ne soit pas aussi rapide que nous l’espérions ou aussi évolutif qu’une anguille mais si notre pagaie nous fatigue et nous fait souffrir à chaque coup parce qu’on a voulu économiser, on le regrettera des milliers de fois à chaque sortie.

Pour faire le choix d’une pagaie, il y a plusieurs éléments à considérer :

1. Matériaux

On peut retrouver des pagaies faites : a) d’aluminium et de plastique, b) de fibre de verre et plastique, c) de bois, d) entièrement de fibre de verre, e) de Kevlar, f) de graphite, g) d’une combinaison de ces matériaux. Tous ces différents matériaux auront une incidence sur le poids, la flexibilité , la durabilité, l’équilibre et le coût de la pagaie.

a) Au bas de l’échelle, on retrouve des pagaies dont le manche est en aluminium et les pales en plastique. Ces pagaies sont à éviter à moins que cela soit pour une utilisation très occasionnelle et de courte durée. Elles sont trop lourdes et l’aluminium étant très bon conducteur, elles gèlent les mains sitôt qu’il fait froid.

b) La gamme au-dessus : il y a les pagaies dont le manche est en fibre de verre et les pales en plastique. C’est une amélioration sur les précédentes pour deux raisons : la non-conductivité de la fibre de verre et une légère réduction du poids. Ce sont vraiment des pagaies d’entrée de jeu. Peu intéressantes si on prévoie faire des sorties de plus d’une demi-journée. Elles conviennent bien comme pagaies de secours.

c) C’est ici que commence les pagaies intéressantes. Selon les modèles et leur qualité, les pagaies de bois peuvent être dans la même catégorie que celle de fibre de verre ci-après. On obtient la beauté du bois, un bon équilibre et une bonne flexibilité. Elles sont presque aussi légères, mais elles exigent un entretien.

d) Les pagaies de fibre de verre(fdv). On réduit le poids encore et on obtient surtout une bonne répartition du poids de la pagaie alliée à une bonne durabilité ainsi qu’une bonne flexibilité.

e) Les pagaies en Kevlar. Ce sont à peu près le mêmes caractéristiques que celles en fibre de verre, mais en y gagnant un peu en légèreté et en solidité.

f) On retrouve au sommet de la hiérarchie les pagaies en graphite. On retrouve là les pagaies les plus légères mais aussi les plus chères. Que dire d’une pagaie de 22oz quand on la compare aux pagaies de 54 oz (alu = plastique), 42 oz (fdv + plastique), 36 oz (bois), 32 oz (fdv)? Ce n’est pas étonnant de voir des pagayeurs poser la pagaie sur le kayak à tous les 15 minutes parce qu’ils sont fatigués de soulever à bout de bras une pagaie lourde.

Dans les pagaies en graphite, il faut aussi considérer la construction de la pale. Pour certaines pales la rigidité de celle-ci est assuré par le prolongement du manche. On le constate par le renflement assez prononcé en forme d’arête qu’on voit au milieu de la face non propulsive de la pale. Pour d’autres, la rigidité de la pale est assurée par l’injection d’une mousse entre des couches de graphite de la pale. La différence est significative : la pale dont le noyau est en mousse n’a pas cette arête prononcée à l’arrière; ce qui favorise un meilleur écoulement de l’eau, d’où une entrée dans l’eau et une sortie de l’eau avec moins d’éclaboussures. Aussi, cette pale mieux profilée provoque moins de cavitation en propulsion d’où une optimisation de l’énergie. De plus, la pale injectée de mousse sera plus légère. Alors, le poids de la pagaie se trouvant surtout dans le manche, près des mains, on a la sensation d’une réduction de poids beaucoup plus importante que les 5 oz que cela peut sauver parce que ce poids est enlevé des extrémités. On diminue de beaucoup l’effet d’un levier avec un poids aux extrémités. À part son coût important, la pagaie en graphite peut avoir des défauts. Le manche en graphite est souvent très rigide. Ce manque de souplesse peut, chez certains, provoquer des douleurs articulaires soit aux poignets, aux coudes ou aux épaules. (Avec une excellente technique, ces maux sont rarement présents). Certaines compagnies offrent des manches qui possèdent une certaine flexibilité. La fibre de carbone est plus cassante que la fibre de verre, les pales peuvent, sur leur pourtour s’écailler plus facilement.

g) On retrouve souvent une combinaison des différents matériaux. Chaque compagnie essaie de réunir ces éléments pour se démarquer de ces compétiteurs et proposer une pagaie qui va plaire aux consommateurs soit par son coût réduit ou pour tenter d’exploiter les qualités de différents matériaux. Par exemple, on va utiliser du Kevlar dans le manche d’une pagaie en graphique pour lui donner une flexibilité désirée. Une autre compagnie offre une pagaie avec un manche en bois et des pales en graphique pour allier une bonne flexibilité avec une plus grande légèreté aux extrémités, là où c’est important, etc.

N.B. Les poids donnés sont une moyenne. Dans chaque catégorie, on peut retrouver plus léger ou plus lourd. Par exemple, on peut avoir une pagaie de graphite de 16 oz et une autre à 28 oz. Il va sans dire que la pagaie de 16 oz est très fragile et qu’il faut en prendre soin comme de la prunelle de nos yeux. Une compagnie propose même pour $150 de remplacer l’air dans le manche par de l’hélium pour alléger la pagaie encore de quelques onces.

2. Poids et équilibre

Plus la pagaie est légère moins vous vous fatiguerez rapidement, plus vous retirerez du plaisir de pagayer. Je pense que 36 oz est la limite supérieure. Le meilleur équilibre s’obtient en ayant le moins de poids possible aux extrémités, c’est pour ça qu’il faut éviter les pales en plastique.

3. Grosseur du manche, flexibilité, droit ou ergonomique


Certaines compagnies offrent 2 grosseurs de manche. Si vous refermez votre main sur le manche comme pour pagayer, il devrait y avoir moins de 1 cm pour rejoindre votre main à la bas du pouce. Si le manche est trop gros, cela entraîne une fatigue prématurée et peut conduire à une tendinite aux poignets.

Une certaine flexibilité dans le manche est désirable pour éviter une transmission saccadée des coups et ainsi, peut-être, provoquer des tendinites. C’est à vérifier chez les pagaies de graphite.

Les manches ergonomiques: tous les manches ergonomiques ne sont pas nés égaux. Pour faciliter l’exécution des différents coups, autant en poussée qu’en rétro-propulsion, il faut considérer la pagaie dont les pales sont dans le même axe que le manche. Le grand atout des manches ergonomiques c’est que les poignets sont mieux alignés lorsqu’on pagaie, d’où moins de stress sur les poignets. Par contre, cette ergonomie ajoute 2 oz à la pagaie de graphite par rapport au modèle droit.

4. Formes et surfaces des pales

La plupart des pales qu’on retrouve sur le marché sont des pales de formes asymétriques. Certaines de forme allongée, d’autres plutôt courtes et rondes. On peut difficilement dissocier la forme et la surface. Si vous privilégiez une cadence élevée, une pale plutôt étroite, ou de moins grande surface, convient probablement mieux. Plusieurs considèrent les pagaies avec des pales étroites comme moins fatigantes. Si vous recherchez la puissance et vous avez la musculature et l’endurance nécessaires, optez pour une pale à grande surface. Plus vous grandissez la surface, plus l’effet de levier est important. Il est bon de prendre une pagaie un peu plus courte si on augmente la surface.

Comme référence, comparez avec les pagaies de Boréal :

Grand format = Orca
Moyen = Archipel
Petit = Delphina

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5. Longueur

Plusieurs facteurs sont à considérer : la largeur du kayak, le style privilégié pour pagayer, la hauteur du pont du kayak et en dernier la grandeur du pagayeur.

Pour un kayak « moyen » (23 pouces) volume moyen, une personne entre 5’ 6 et 6’, peut commencer par une pagaie de 230cm.

Si la personne pagaie de façon dynamique, si elle recherche la vitesse une pagaie un peu plus courte (220 ou 225cm) conviendra mieux parce qu’elle sera immergée de façon plus verticale près du kayak pour retirer le maximum de la poussée.

Ceci n’est qu’un guide pour commencer vos essais.

6. En une pièce ou plusieurs

La pagaie d’une seule pièce offre plusieurs avantages : elle est plus simple de construction; donc, il y a moins d’entretien à faire et moins de risques d’un pépin.

La pagaie d’une seule pièce est aussi plus légère : de 2 oz à 7 oz.

Par contre, son remisage est plus compliqué. Mais si on est capable de transporter et remiser un kayak de 17’ (520cm) …on peut faire une petite place pour la pagaie à côté du kayak. La pagaie démontable est tout indiquée pour la pagaie de secours.

7. Avec angle ou sans angle

Les pagaies peuvent être droites, i.e. sans angle entre les pales (dans le même plan). Avantages : aucun apprentissage nécessaire pour un débutant (même si c’est élémentaire) et moins de flexions du poignet-guide. Désavantage : lorsqu’on pagaie dans le vent, surtout face au vent et aussi dos au vent, la pale hors de l’eau offre toute sa surface à l’emprise du vent. Ce qui peut exiger plus d’efforts et occasionner des déséquilibres.

L’angle ente les pales peut varier de 45 à 90 degrés. Cela offre l’avantage que la pale qui est hors de l’eau est beaucoup moins affecté par le vent puisqu’elle présente une surface beaucoup plus petite. Généralement, c’est 60 ou 75 degrés. Plus l’angle est grand plus le poignet-guide doit effectuer un plus grand mouvement mais moins la pale offre de résistance au vent. Les pagaies démontables offrent, la plupart, la possibilité d’être avec ou sans un angle.

8. La pagaie groenlandaise

C’est la pagaie traditionnelle des Inuits : elle est non démontable et sans angle, les pales sont longues et étroites,.au maximum 4 pouces de large. Ces pagaies sont faites de bois, traditionnellement d’une seule pièce, aujourd’hui, bien souvent, de plusieurs morceaux laminés et collés ensemble. Longitudinalement la surface des pales est plutôt bombée tandis que concaves chez les pagaies modernes. Leur manche est presque toujours ovale pour empêcher que la pagaie roule dans les mains car, de par leur étroitesse surtout, les pales ont tendance à vaciller dans l’eau pendant la phase de propulsion à certaines cadences. Généralement ces pagaies sont faites sur mesure mais on peut en retrouver chez de rares détaillants, on peut en acheter en kit ou les faire soi-même. Il y en a déjà eu chez l’Aventurier du temps de son existence. Grosso modo, la longueur serait du sol jusqu’au bout de vos doigts en extension au-dessus de votre tête si vous l’utilisez avec un kayak étroit et bas comme un kayak groenlandais. L’utilisation de cette pagaie suppose une technique différente pour pagayer. Tentez l’expérience, peut-être serez-vous séduit…

9. La pagaie dont les pales sont en forme d’aile ou « wing »

Cette pagaie n’est pas très bien adaptée au kayak de mer. De par la forme recourbée des pales sur elles-mêmes, cette pagaie accroche l’eau avec puissance en propulsion, d’où son utilisation en compétition, mais elle ne travaille pas très bien pour plusieurs autres coups qu’on utilise. Dans la vague, elle décroche quelquefois subitement justement au moment où on a le plus besoin d’équilibre.




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