ÉQUIPEMENT
Les matériaux

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Les matériaux:
Par: Claude Côté

« ...et lorsque, j'ai vu s'échapper encore les deux caribous, j'ai pensé modifier, une autre fois, mon embarcation. »
(Légende Inuit)

Il est assez facile de tomber dans le gros piège du « c'est ça qui est le mieux » quand on s'attarde à comparer les différents matériaux de construction des kayaks de mer que nous avons sous la main de nos jours. Les technologies et nouveautés se succèdent à un rythme fou, les fabricants sont de plus en plus nombreux et tentent d'offrir un produit qui se démarque. Ce n'est pas facile de s'y retrouver quand on veut faire un premier achat et, même pour les plus expérimentés, de continuer à croire en notre choix quand on voit se pointer d'autres kayakistes avec des technologies différentes. D'où le fameux jeu de la comparaison. Mais le but de ce texte n'est pas de comparer les différents matériaux pour finalement dire que tel ou tel matériau est le meilleur. Non, le but de ce texte est d'expliquer, de faire ressortir les différences, les avantages et inconvénients afin de savoir ce qui est le mieux adapté à nos besoins, aux caractéristiques des milieux marins que l'on va fréquenter et, bien sûr, à notre budget. Exactement comme le chasseur de la légende qui cherchait le mieux pour lui, selon ses besoins.

La comparaison entre les kayaks contemporains et celui de l'Inuit ne sera pas bien longue. Vieille d'environ 4000 ans, la technique de l'embarcation de peaux de phoque avec structure de bois ne se retrouve plus beaucoup aujourd'hui. Il faut réaliser que ce n'est pas seulement parce que la technologie permet quelque chose de différent, mais bien aussi parce que la fonction première de ce mode de déplacement a évolué. De l'outil de chasse et de survie que ça représentait à l'époque, le kayak est maintenant utilisé pour le loisir. Devant ces faits, qu'utilise-t-on de nos jours pour cette fabrication de loisir ? Quelles sont ces fameuses technologies et nouveautés avec de beaux grands noms ?

Le bois:

On n'en voit pas régulièrement, mais il semblerait qu'ils gagnent lentement en popularité au Québec. Règle général, il s'agit de contreplaqué marin (un contreplaqué est un matériau obtenu par collage sous pression de minces feuilles de bois) d'okoumé (bois africain rosé) et d'acajou (bois tropical rougeâtre). Pour assurer une étanchéité absolue, il faut ajouter une résine. Il est bien important de s'informer du type de résine utilisé ( le vinylester n'est pas si mal, l'époxy semble être ce qui se fait de mieux sur le marché, alors qu'il faut éviter le polyester ). Il est possible de se documenter suffisamment pour en fabriquer un soi-même (autour de 60 heures de travail). Il est aussi possible d'en acheter un déjà tout monté ou même d'acheter un ensemble prêt à assembler.

Les avantages du bois: sa solidité aux chocs, sa durabilité, la possibilité de faire des réparations, sa légèreté (il semblerait qu'à dimensions égales, une embarcation de bois pèserait autour de 30% de moins que le fibre de verre), la beauté du bois naturel, la rapidité (une bonne glisse) et un prix raisonnable dans le cas où on le fabrique nous-mêmes .

Les désavantages du bois : Demande de l'entretien de temps en temps (résine et vernis), le fait que la popularité n'est pas encore très grande fait que le choix n'est pas immense pour l'instant et que certains accessoires ne sont pas toujours standardisés.

Polyéthylène (plastique):

L'élément de base utilisé est l'éthylène, qui est une substance produite à partir du pétrole. À noter que cette substance est incolore au départ. Pour arriver à fabriquer un kayak en polyéthylène, il faut d'abord créer un prototype en bois ou dans un autre matériau. Ce prototype est longuement travaillé puisque tout défaut apparaîtrait sur les futurs kayaks. À partir de ce prototype (en fait carrément dessus), on coule généralement de l'aluminium pour créer le moule qui servira à la production. À partir de ce moment, deux choix s'offrent aux fabricants : utiliser la technique du rotomoulage ou d'injection d'air (blow molding). Il semblerait que les deux techniques offrent un produit final assez semblable. Le rotomoulage est la technique utilisée par pratiquement toutes les compagnies. Il s'agit de verser lentement de la poudre (des grains fins) de plastique dans le moule d'aluminium, moule qui est chauffé et qui tourne. Par force centrifuge, le plastique fondu se colle sur les parois et la forme finale du kayak apparaît. Certains fabriquants avec une technologie de pointe utilisent l'informatique. Les ordinateurs permettent de contrôler la vitesse de la rotation. En ralentissant en certains endroits stratégiques, on peut alors obtenir une plus grande épaisseur. L'autre technique, par injection d'air, n'est pas commune (elle est plus populaire en Allemagne). Toujours à partir du moule d'aluminium, on place à l'intérieur un tube de plastique amolli. On injecte alors une très grande pression d'air qui repousse tout le produit sur les parois du moule.

En plus de techniques différentes, le constructeur peut utiliser 3 types de polyéthylène, qui font varier la qualité du produit :

  • Il y a du polyéthylène linéaire: Il s'agit de la plus basse qualité, qui est normalement réservée aux kayaks plus courts. C'est un plastique qui permet de proposer des embarcations moins dispendieuses, mais il y a un problème de poids relié à tout ça. En effet, cette matière n'est pas assez rigide et il faut une couche assez épaisse pour en faire quelque chose de satisfaisant, d'où un kayak très lourd.
  • Le polyéthylène haute densité: De catégorie supérieure, le matériau est plus rigide et demande donc une couche de plastique moins épaisse si on compare avec le linéaire, d'où une diminution du poids. Le prix est plus élevé que le linéaire. Leur défaut est qu'ils sont difficilement réparables.
  • Le polyéthylène réticulé (à nervures): D'excellente qualité, d'une rigidité encore supérieure, ce qui permet encore d'économiser sur le poids. Il s'agit en fait de polyéthylène à lequel on ajoute un composé chimique. C'est un matériau très robuste, mais quasi irréparable. Encore une fois, le prix est plus élevé que le linéaire ou le haute densité.


Certaines compagnies innovent même en proposant un produit à 3 couches : une première couche interne de polyéthylène, une deuxième couche de matériau isolant, léger et une troisième externe de polyéthylène. Cette technique permet de mettre moins de plastique, de réduire encore une fois le poids, d'avoir une bonne flottabilité puisque le 2e matériau possède cette caractéristique et en même temps de se retrouver un peu plus au chaud puisqu'il s'agit en même temps d'un isolant (c'est bien contre l'eau froide du fleuve...).

Les avantages du plastique: Ils sont plus rapides à construire, donc moins dispendieux, ils résistent très bien aux chocs, ils sont très durables et peu d'entretien est nécessaire.

Les désavantages du plastique: Ils sont les plus lourds sur le marché, la glisse est moyenne (vitesse) à cause du matériau utilisé, mais aussi du manque de rigidité , il y a des risques de déformation si l'entreposage n'est pas bien fait.

Composites:

Les embarcations en composites sont en fait des superpositions de couches de tissus imprégnés de résine. Le principe de fabrication ressemble un peu à celui des kayaks en plastique, surtout en début de processus. En effet, il y a toujours un prototype construit, généralement en bois. On recouvre ce prototype d'une épaisse couche de fibre de verre, ce qui deviendra le moule pour les futures fabrications. De là, on applique une couche de gel « coat » à l'intérieur du moule, ce qui assurera l'étanchéité et une belle finition. On peut par la suite procéder à l'application de couches de différents tissus fibreux imbibés de résine qui sont pressées contre les parois du moule. On peut utiliser un seul type de fibre ou en utiliser plusieurs afin d'optimiser la solidité, la durabilité et un poids moindre, car nous allons voir que différentes fibres offrent différents avantages.

Il y a une technique particulière, le laminage au sac sous vide, qui permet d'optimiser le ratio fibres-résine. Cette technique est empruntée à l'industrie aérospatiale. Une pompe à vide travaille en pression négative afin de compresser, sous une pellicule de Nylon, les toiles et les matériaux de centre (renforts). On injecte alors dans le moule la résine que l'on repartit à travers les tissus.

Il y a principalement trois types de fibres utilisées :

  • La fibre de verre: La moins chère des trois, mais qui reste plus chère que le polyéthylène. Elle a une résistance et une rigidité moyenne, mais elle offre comme avantage d'être environ 10% moins lourde que le plastique. Elle reste accessible aux bricoleurs moyens. On retrouve des modèles entièrement en fibres de verre ou avec des parties jumelées avec d'autres fibres.
  • La fibre de Kevlar: Plus chère que la fibre de verre, elle est aussi plus légère (environ 40% de moins). Elle résiste bien aux déchirements. Elle est souvent jumelée à la fibre de verre.
  • La fibre de carbone (graphite): Cette fibre est très rigide, très légère, mais aussi plus fragile aux chocs et a un coût élevé. Comme elle est plus cassante, on la pose souvent avec la fibre de Kevlar.

Tel que mentionné plus haut, l'idéal est peut-être un mélange des différentes fibres pour aller chercher le maximum des propriétés des fibres. En ce qui concerne les résines utilisées, consultez la section des kayaks en bois, ce sont les mêmes.

Les avantages des composites: Poids diminué, élégance des courbes, rigidité, performances (bonne glisse).

Les désavantages des composites: Prix plus élevés que le plastique, fragilité plus grande aux chocs, plus d'entretien, de précautions.

Matériaux gonflables:

Il est bien rare de croiser cette nouveauté en dehors des petits lacs autour de chalets ou en dehors des rivières en eau vive. La raison est bien simple : la comparaison avec les modèles cités plus haut en ce qui concerne la performance est loin d'être à l'avantage des gonflables.

Les avantages des matériaux gonflables: le poids est intéressant, le rangement est facile, le prix est abordable, très résistant aux chocs et il est possible de transporter un ou même quelques kayaks dans une voiture, par exemple.

Les désavantages des matériaux gonflables: Glisse médiocre (rapidité affectée), rigidité très réduite, sensations diminuées. À éviter pour toute distance plus longues ou pour une randonnée.

Les kayaks pliants/démontables:

Il n'y a pas beaucoup d'informations sur ce type de kayak qui est souvent réservé aux expéditions plus professionnelles (le coût éloigne d'ailleurs les néophytes...). Quelques compagnies françaises en font la fabrication. Il s'agit d'un modèle d'embarcation entièrement démontable, donc plus facilement transportable dans des expéditions lointaines (exemple en avion dans le nord). Il s'agit en fait d'une armature en frêne que l'on peut séparer, le tout recouvert d'une toile en fibres. Certains modèles sont dotés de renforts gonflables aux côtés (extérieurs à la coque) qui assurent une bonne stabilité.

Les avantages des kayaks démontables: La stabilité est exceptionnelle (grande sécurité), le montage est rapide, il n'y a pas de corrosion, c'est une embarcation très durable, facile à réparer, le poids est peu élevé, facilement transportable partout.

Les désavantages kayaks démontables: Si les avantages sont nombreux pour le point de vue pratique, dès que l'on se retrouve sur l'eau, les kayaks démontables perdent des plumes par rapport aux composites, au bois et aux polyéthylènes. La glisse est bien ordinaire (d'où une vitesse réduite), la grande stabilité fait en sorte que les sensations sur l'eau sont fortement diminuées, la rigidité fait défaut et le prix est exorbitant.

La grande question...

Voilà, de façon vulgarisée, les techniques utilisées avec les différents matériaux. Il subsiste toutefois encore une question, peut-être la plus importante : quel matériau vous convient le plus ? Comme mentionné dans l'introduction de ce texte, notre choix doit tenir compte de nos besoins, des milieux marins que l'on va fréquenter et aussi de notre budget. Essayons, juste pour s'amuser, de trouver des types de kayakistes et de voir ce qui leur conviendrait le mieux :

Le ou la kayakiste de compétition: Ils ne sont pas nécessairement nombreux, mais il y a quelques personnes qui recherchent une performance optimale de la part de leur embarcation. En effet il y a quelques compétitions dans la région où la recherche de la vitesse demeure le principal objectif, le prix à payer important moins. Dans ce cas, il faut une glisse excellente, un poids réduit et une rigidité à toute épreuve. Le mieux est probablement de se tourner vers les composites de haute gamme (kevlar, carbone) ou vers le bois.

Le ou la kayakiste des longues ballades: Afin de ménager les énergies lors de longues randonnées de plusieurs jours, il faut encore une bonne glisse, une bonne rigidité. Tous les composites peuvent faire l'affaire, le bois et même les plastiques de qualité.

Le ou la kayakiste d'exploration: Il y a de ces personnes qui n'en finissent plus d'explorer les petites baies, les petits passages, qui cherchent à descendre sur chaque berge accessible. Pas question de s'empêcher de voir un petit coin de peur de briser son kayak ! Le mieux pour ces personnes est probablement de se tourner vers le polyéthylène qui résiste bien aux chocs et qui est assez polyvalent.

Le ou la kayakiste des grands voyages: Certaines personnes rêvent d'icebergs, des Antilles, des baleines en Basse-Californie, bref, de tout ce qui est trop loin pour avoir un kayak régulier. Il faut alors se tourner vers le kayak démontable qui se transporte bien...

Le ou la kayakiste occasionnel: Ce n'est pas tout le monde qui, chaque fin de semaine, se lance à la recherche des coins perdus. Certaines personnes aiment l'activité pour en faire à l'occasion, avec la famille au chalet par exemple. Pour éviter d'investir déraisonnablement, on peut se tourner vers un kayak de plastique ou encore un kayak gonflable.


Références principales:

  1. Boréal Design Kayaks: http://www.borealdesign.com/francais/index.htm
  2. Les kayaks pliants Nautiraid: http://www.chez.com/pilon/nautiraid/construc.htm
  3. Kayaks Polyform: http://www.polyform.fr/frame.html
  4. Kayaks L&L: http://www.kayaksll.com/kayak.html
  5. Les embarcations St-Arnaud: http://www.st-arnaud.qc.ca/
  6. Club de canoë-kayak J.S.P.A. Mayenne - Les matières: http://kayak-mayenne.ctw.cc/matiere2.html
  7. Old Town Canoe - Construction polylink: http://www.oldtowncanoe.com/const_polylink.html
  8. Otis Kayak: http://www.cgmatane.qc.ca/otis_kayak/ Otis_kayak.html
  9. The Kayak Store/Design 101/materials: http://www.thekayakstore.com/TKS3A_viewdesign101.asp?category=kayaks&recordid=13
  10. Jocelyn Bouchard, KAYAK DE MER ET CAMPING AU QUÉBEC : Pourquoi pas ?. Arion, 1996.
  11. Navimodelisme - Les matériaux composites: http://navi.modelisme.com/article148.html
  12. Polyform - Tissus: http://www.polyform.fr/tissus.html
  13. Espaces - Kayak de mer, figures de proue:  http://www.espaces.qc.ca/...achat28.shtml





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